Ce que j’aurais aimé savoir avant de devenir maman

Je le sais il y a deux écoles, 2 façons (sûrement bien davantage) de réagir devant le stress généré par un événement que l’on ne connait pas. Un événement qui dure une vie. Dont on entend beaucoup, dont on entend tout et son contraire. Vouloir tout savoir, toutes les potentialités, poser, googler 1000 questions, se faire un arbre des possibilités mentales, faire 100 hypothèses, lire 50 livres ou préférer ne pas trop en savoir. En règle générale, autour de moi, je remarque que les femmes enceintes (les futurs papas dans une moindre mesure) googlent à plus soif. J’imagine donc que beaucoup penchent pour la première technique.

Alors pour ma première grossesse, je lui ai demandé bcp trop de choses à G. en 9 mois. Ah non pardon, ça a commencé avant. Pèle-mele, 9 mois d’historique Google doivent ressembler à ça : « ovulation + calcul », « chances par âge tomber enceinte », « test de grossesse trait très clair », « statistiques fausses couches », « fausses couches par âge », « quel fromage manger enceinte ? », « saumon fumé enceinte », « dormir sur le ventre enceinte », « exemple ventre 3 mois grossesse », « que voit-on premier echo », « grossesse + quand dire à son employeur », « quand sent-on le bébé bouger ? », « crème anti vergeture grossesse », « poussette compacte comparatif », « mal en bas du ventre 4 mois grossesse », « liste prénoms fille », « toxoplasmose et bresaola », « avion 5 mois de grossesse », « sophrologie ou hapnotomie », « jambes gonflées grossesse », « sushis congelés + grossesse », « soleil + grossesse », « à partir de combien de semaine bébé viable », « top prénoms », « langue des signes bébé », « avis sage-femme + paris 15 », « prise de poids moyenne grossesse », « burrata enceinte », « biberons marques naissance », liste achat bébé », « baby blues », « jambes lourdes grossesse », « places en crèche par arrondissement paris », « couches avis »… Je pense que c’est l’historique de navigation de toutes les « primipares », ce terme qui n’avait aucune signification pour moi avant de m’apprêter à en devenir une.
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Lors de ma première grossesse, j’aurais voulu qu’on me dise que le plus important, c’est de ne pas stresser, donc de ne pas googler son moindre symptôme, j’aurais voulu qu’on me dise de ne pas écouter tous les conseils. Et en tout cas de ne pas les prendre pour acquis, pas que le fameux et mythique instinct maternel fasse le job mais parce qu’il y a 1001 manières de faire et 1000 bonnes façons de faire. J’aurais voulu qu’on me dise combien les premiers jours, semaines sont difficiles et combien il est important d’être deux, au moins, toute la journée, les premiers jours, semaines ? J’aurais voulu qu’on me dise que je pouvais dire non à une sage-femme, un médecin, que c’est toujours mon corps même s’il est habité. J’aurais voulu savoir que l’être qu’on allait poser à mes côtés serait un inconnu même en ayant respiré sur le même tempo pendant 9 mois. J’aurais voulu que l’on me dise que le premier sentiment qui m’habiterait serait l’angoisse.
Pour ma fille, j’ai été angoissée dès le jour où j’ai fait mon premier test de grossesse et ce jusqu’à son premier anniversaire. Le jour de son premier anniv, ma première pensée a été « elle est pas morte de la mort subite ». A la maternité, le second soir, en pleine chute d’hormones, après avoir checké pour la énième fois que le bébé à côté de moi respirait bien, je m’effondrais comprenant que l’angoisse et le stress seraient désormais permanents. « Le bébé à côté de moi », c’était mon bébé et pour l’instant, je ressentais uniquement de l’angoisse pour lui, pour elle, et je me demandais si c’était un peu ça l’amour maternel. 
J’aurais voulu qu’on me dise qu’après l’accouchement, on ressent un trou sous ses jambes, un vide dans son ventre. Que ça peut faire mal, qu’on ne perd pas seulement du sang mais des caillots de sang, parfois gros et impressionnants. J’aurais voulu qu’on me dise que parfois, après un accouchement, on a l’impression que son corps ne s’en remettra jamais et que finalement, heureusement, on s’en remet assez souvent pour même tenter le diable et remettre ça. J’aurais voulu qu’on me dise que les petites filles à la naissance ont parfois leurs règles et que c’est « normal » même si ultra étonnant quand on n’est pas au courant. Que les garçons et les filles peuvent avoir des montées de lait, mon fils en a eues dès la naissance pendant 10 jours. Que les bébés garçons peuvent avoir des érections.
J’aurais aimé qu’on me dise que ça allait être le KO insurmontable jour et nuit, que les jours se mélangeraient d’ailleurs aux nuits, que notre système temps prendrait le tempo des biberons et que cette traversée du désert était un contrat à durée limitée mais dont la durée demeure inconnue et très différente selon les bébés… Mais que ça passe. Qu’on revit. Parfois très vite. Et que c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus surmontable si l’on est 2. Vraiment 2 je veux dire. Et j’aurais voulu que l’on me dise que ces choses-là se discutent a priori, a priori de l’arrivée du bébé et même avant sa conception…

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J’aurais voulu qu’on me dise d’avoir confiance en moi, et en nous 3. De sortir dehors dès ses premiers jours si j’en avais envie. Pour ma fille, je sortais très peu jusqu’à ses 3 semaines, avec mon fils, nous sommes sortis au resto dès ses 5 jours. Leur père a pris un mois à chaque naissance. J’aurais voulu qu’on me dise que chaque naissance est particulière.
J’aurais voulu qu’on me dise que la parité ne se gagne pas sans bataille. Enfin non, ça je le savais déjà.
J’avais fait des milliers de baby-sittings, je savais porter les bébés, donner le bain, faire les bibs, changer les couches, esquiver les pipis de zizis qui se lèvent subitement quand tu ouvres la couche, bref, je débutais ma vie de maman avec au moins une licence. Leur père un BEP : BEP 2 petites soeurs. Je l’ai laissé donner le premier bib et les premiers bains à la mater et on avait convenu que l’on habillerait ma fille et donnerait le bain chacun son tour (un jour sur deux), l’autre pouvant évidemment assister. Je savais déjà que le moyen le plus sûr, le plus simple et le plus évident pour partager plaisir et tâches était de le partager justement… en 2. Au début, il mettait 4 fois plus de temps que moi à l’habiller et il a essayé deux ou trois fois de me dire « fais-le, tu le fais en 2 minutes, toi ». Mais, je ne l’ai jamais fait à sa place. Et puis, au bout d’un mois, il avait rattrapé ma Licence, en tout cas pour cette option Nourrisson.
J’aurais voulu que l’on me dise que les mentalités ne sont pas prêtes à voir une « jeune maman » sortir seule alors que son bébé a « seulement » 2 semaines, que l’on me dirait constamment que j’avais « de la chance d’avoir un papa qui s’en occupe ». Je croyais littéralement rêver. Je répliquais sans cesse. Putain de la chance. J’avais été enceinte 40 semaines + 5 jours, j’avais accouché en 30h, j’avais senti mon corps meurti et disloqué et j’avais de la chance qu’il change les couches autant que moi. De la chance hein ? Et puis, ma position a évolué. En parlant avec des mamans, au fil des posts du genre « cet aprem, c’est papa qui garde X, je vais pouvoir me faire un ciné » qui marquaient l’exception à ce qui me semblait normal. En voyant le non-partage des tâches au sein même de ma génération, j’ai revu la définition de la chance. La chance, selon le Larousse, c’est la « Possibilité, probabilité que quelque chose (surtout un événement heureux) se produise ». Alors oui, dans ces termes, j’étais heureuse détentrice d’une faible probabilité et j’avais donc de la chance.
J’aurais voulu que l’on me dise que ça peut être dur de rester toute la journée avec son enfant, de n’avoir aucun relai, aucune conversation et que c’était pas grave de trouver ça dur. J’aurais voulu qu’on arrête de me dire que « le temps passe si vite », qu’il faut profiter de chaque minute, quand les minutes à la maison me semblaient des heures. J’aurais voulu qu’on me dise de sortir vite avec mon bébé, de l’habituer aux gens, au bruit et surtout de surtout ne pas me sentir frustrer. J’aurais voulu qu’on me dise que les microbes sont autant dans la bouche de la vieille tante qui vient voir ta progéniture et lui tousse dessus à J+3 que dans un resto. J’aurais voulu qu’on me dise qu’un bébé s’habitue aux bruits, aux environnements, aux modes de vie.
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La primipare a laissé place à une multirécidiviste avec beaucoup moins d’angoisse. J’ai confiance en moi, en lui, je sais que tout est éphémère, même si le temporaire peut parfois prendre des allures de permanence, je sais que rien est grave et je me fous bien davantage du regard des gens. Je peux changer les couches sur un banc, ma fille peut se rouler par terre, les mamies peuvent bien me toiser et nous dévisager, ça ne me fait plus ni chaud ni froid.
J’aurais voulu que l’on me dise que la vie de parents (allez, disons-le car les choses sont encore ainsi, c’est plutôt encore la vie des mamans) est empreinte de frustration. De ne pas passer assez de temps avec ses enfants, de trop travailler ou pas assez, de ne pas faire assez de choses, de ne pas l’avoir vu s’endormir. J’aurais voulu que l’on me dise que la qualité compte bien plus que la quantité. J’aurais voulu que l’on me dise de ne pas me fier aux apparences. Aux apparences de la vie réelle et encore davantage de celle étalée sur les réseaux sociaux. J’aurais voulu que l’on me dise qu’un bébé n’a pas besoin de 10 tonnes de matériel, bien au contraire. J’aurais voulu que l’on me dise qu’être parents pourraient me séparer de certains amis. J’aurais voulu que l’on me dise qu’il faudrait du temps pour s’apprivoiser.
 [ -Apprivoise-moi !

– Que faut-il faire? dit le petit prince.

– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… ] Le Petit Prince.

 

J’aurais voulu que l’on me dise… Qu’il faut du temps pour se comprendre, que tout est toujours remis en question. J’aurais voulu que l’on me dise que devenir parent est un tourbillon dans lequel on est projeté violemment, un tsunami pour lequel on n’est jamais prêt. Un ouragan qui remet tout, tout en question. Un tsunami qui dure dure dure et dont chaque tourbillonnement est unique, que ce tsunami lui n’est pas apprivoisable. Que ce qu’on peut apprivoiser c’est le changement, c’est le fait de ne plus tout contrôler, d’avoir des facteurs inconnus et inattendus dans toutes les équations et programmes.

12 Responses
  • Félicie
    juin 10, 2018

    Merci pour toutes ces vérités, je me retrouve tellement dans tes mots.
    J’aurai aimé avoir le même soutien que celui que tu as reçu de ton compagnon
    En tout cas tu es préparée pour le 3 eme tsunamis de ta vie ! Plein de bonnes heures!

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Merci beaucoup Félicie ! Je trouve le regard de la société sur la paternité encore tellement archaïque… Le congé paternité devrait être automatique et obligatoire. C’est tellement fou et injuste toute cette charge sur la mère. Et à la finale, c’est aussi du temps et des moments irrattrapables pour le père…

  • Amélie
    juin 10, 2018

    J’aime beaucoup tes textes sur la maternité (et tes autres textes aussi, d’ailleurs). Je ne suis pas maman, j’ai 25 ans et pour moi c’est encore loin d’être une réalité, je ne sais même pas où je me situe dans le désir d’avoir ou non des enfants. Mais je trouve tes textes empreints de sincérité et de vérité, ça fait du bien effectivement, comparés à toutes les choses fausses et lisses qu’on peut voir sur les réseaux. C’est rassurant et déculpabilisant, pour celles qui se sentent dépassées par tout ça.
    Bref, je ne commente pas souvent, mais j’avais envie de te remercier de partager tout ça avec une honnêteté qui touche plus que tout.

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Merci Amélie ! Pour avoir parlé avec beaucoup de « jeunes mamans » (puisque c’est ainsi qu’on les nomme même qd elles ne sont plus si jeunes…), beaucoup beaucoup vivent très mal les mois seule avec leur bébé à la maison mais c’est évidemment pas très politiquement correct d’en parler, comme tant d’autre chose sur la maternité. Mais je trouve que la parole se libère un peu…

  • Mimi-San
    juin 10, 2018

    Ton article est criant de vérité, je m’y suis rétrouvée … Mais tellement ! D’ailleurs pendant les 3 premières semaines de vie de mon fils je n’ai rien fait, enfermée à la maison, faut dire que c’était en plein hiver mais tt de même ça paraissait l’expédition de sortir.. les recherches Google m’ont bien fait rire, je rajouterai ds mon cas « risques- grossesse-yaourts périmés » « moyenne prise de poids grossesse » « grossesse- ligne ventre discontinue » (ça j’ai jamais eu de réponse ) et bien sûr à la fin « moyenne nombre SA accouchement » et « signes précurseurs accouchement ». Je trouve aussi parfaitement normal que le papa aide et soit présent pour bébé , cela dit je trouve quand même que j’ai de la chance parcequ’il à naturellement eu envie de s’investir et de s’en occuper ,la nuit aussi et ce n’est soyons honnêtes ,pas encore le cas de la majorité des hommes. Bravo pour avoir réussi à mettre des mots justes sur cette aventure incroyable qu’est la maternité. Je ne me lasse pas de te lire !

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Merci beaucoup !! Il y a des hommes de bonne volonté, dieu merci ! Mais, la société, à travers le congé paternité de 11 jours, week-end compris, à travers les appels de la crèche puis de l’école uniquement passés à la mère, et cie, installe le père dans un second rôle. La route est encore longue…

  • Juliet
    juin 10, 2018

    Superbe article!
    Eh oui, on a beau être en 2018 et faire partie d’une génération -qu’on croit- égalitaire dans les couples, c’est encore la femme qui gère une partie des choses quand in bébé arrive. J’ai aussi la chance d’avoir un homme qui prend sa part (c’est même lui qui a pris un congé parental).
    Nous sommes les premiers de notre bande d’amis à avoir eu un bébé, du coup personne ne m’a dit à quoi s’attendre, le don total de soi, la parenthèse pas tjs enchantée, les amis qui s’éloignent. Mais comme tu dis, tout n’est que temporaire. Et c’est un grand bonheur, c’est là l’essentiel.

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Moi aussi, j’étais dans ce cas, la première et pendant longtemps… Je n’avais aucune idée de la réalité des choses à part de l’odeur des couches et de ma non-capacité à passer des nuits blanches. Par contre, même dans la vie quotidienne, j’étais déjà hyper à fond sur le partage des tâches (vrai partage) et je pense que ça nous a beaucoup aidé. Tout n’est que temporaire mais bon, quand on en fait 3, le temporaire dure ahahah.

  • Marine
    juin 10, 2018

    Merci de nous l’avoir dit. Pas encore d’enfant à mon actif mais en projet à court terme et je suis contente de savoir tout ça, grâce à vous. Merci !

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Merci Marine, je ne me rends pas compte si ça peut être utile mais si ça peut provoquer des discussions dans le couple, c’est très cool !

  • Tal
    juin 12, 2018

    Wow, quel article touchant… Merci à toi d’avoir partager ça avec nous. Moi qui espère devenir maman un jour, j’apprécie la sincérité de tes mots.
    Et oui, tu as raison, c’est normal que le papa soit là et s’occupe autant de son enfant. Car c’est un être humain conçu à deux, pour un projet de vie à trois.
    <3

    • Anaïs Lerma
      juin 14, 2018

      Oui, tout n’est pas si évident pour tout le monde malheureusement… Merci pour ton commentaire 😉

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