Simplicité volontaire, et si on était plus heureux en ayant moins ?

[Minimalisme ou simplicité volontaire] C’est drôle ce terme. C’est peut-être pas celui-ci que j’aurais choisi. Dans la vie, je suis plutôt du genre excessive. Je n’aime pas la demi-mesure, elle m’ennuie. Je n’aime pas le lisse, le mou, la routine. Je suis plus Marseille que Bordeaux, plus Naples que Rome. Plus cris que chuchotements, plus rires gras que sourires dissimulés. Plus bordel qu’épuré. J’aime vivre fort et vite. Parce que c’est court. C’est surtout le seul contrat à durée limitée sans reconduction possible dont on ne connait pas la date de fin. Alors, vous parler de minimalisme moi qui ai peur du vide et du silence, ça pourrait être un comble. Mais je voulais vous en parler quitte à être un comble. De simplicité volontaire, de minimalisme, de frugalité volontaire et de consommation.

Je crois que c’est au collège que ça a commencé. Je regardais jalousement les Buffalos, puis les Pumas sans lacets de ceux qui en avaient et je bavais. Puis les requins. Les requins… J’aurais tué pour des requins… Je me payais ma première paire avec mes baby-sittings et ce sont ces chères têtes blondes qui me permettront de faire exploser mon armoire et de me plonger dans une fièvre acheteuse. Compulsive et insatiable. C’était MA sortie. La rue de Rennes ou de Rivoli. J’adorais. Après les cours, après le baby-sitting. M’engouffrer dans des magasins trop pleins, acheter des vêtement trop petits. Avoir des vêtements neufs. Repartir avec des sacs. Les baskets puis les talons, les vestes, des dizaines de boucles d’oreilles et des vernis dans quasi toutes les couleurs hexadécimales (ceux qui savent savent). S’en suivit l’époque où Cécile de Rostand m’écrivait tous les jours à 6h50 et où, souvent, je mettais mon réveil avant 7h juste pour être assez éveillée pour appuyer sur F5 avant que la vente ne commence. Dans la précipitation et l’euphorie, j’achetais 4 ou 5 trucs souvent la taille en dessous car « il n’y avait plus ma taille » et parce que « je vais maigrir ». Des articles dont je ne me rappelais même plus l’existence une fois qu’ils arrivaient chez moi… Cécile mettait toujours un peu de temps à envoyer nos affaires. Bref, j’adorais acheter et j’en avais l’habitude, l’habitude qui te donne l’impression que l’acte est vital et qu’il te procure du plaisir.

En 2012, j’ai déménagé. Fait des dizaines de cartons et vidé mes placards pleins à craquer. En vérité, c’était un placard pourri et il avait déjà craqué il y a longtemps. On revenait d’un beau voyage au Brésil, le genre de voyage qui te donne envie de tout plaquer pour aller vendre des caïpirinhas dans une paillote sur la plage. Sans transition de la paillote à mes cartons… Dans mes placards, j’ai trouvé des vêtements qui avaient encore leurs étiquettes et des dizaines de pièces dont je ne soupçonnais même pas l’existence. Tout cet amoncellement, une boulimie acheteuse, tous ces vêtements de merde fabriqués à l’autre bout du monde et tout cet argent avec lequel moi, j’aurais pu repartir au bout du monde. J’ai par la suite graduellement réduit mes achats et j’en ressentais d’ailleurs de moins en moins le besoin. Je me suis aussi beaucoup demandée pourquoi on voulait à tout prix po-ssé-der. Je pense que j’ai commencé à me poser cette question en 2012-2013 quand la consommation collaborative était en plein boom. Ça m’a instantanément parlé. Pourquoi posséder une perceuse alors qu’on l’utilise une fois tous les 2 ans ? Pourquoi avoir une machine à raclette alors que l’on en mange une par an et que notre cuisine est seulement approprié à un chef de la taille de Ratatouille ?

J’ai diminué ma consommation en me demandant davantage à chaque envie d’achat : « En ai-je vraiment envie ? », pas « besoin » non juste « envie », car sincèrement, j’avais bien au-delà de mes besoins dans mes placards. J’ai simplement débuté en me demandant « est-ce que j’ai vraiment envie, est-ce que ce truc me procure un peu de plaisir ?, est-ce que ça va me servir ? ».

En 2014, quand ma fille est née, je ne voulais pas d’amoncellement de quoi que ce soit. Surtout que nous habitions dans un 2 pièces. Je voulais aussi que ma fille soit adaptable. Le fait qu’elle puisse et que l’on puisse être dépendant de quelconque matériel m’angoissait. Mais enceinte d’un premier enfant, les achats rassurent. Quelle mauvaise mère achèterait autant de matos ?

Et puis, j’ai eu mon second enfant. On passe naturellement de plus en plus de temps dehors. Et aussi naturellement de moins en moins dans les boutiques et en intérieur. Depuis quelques temps, je me suis davantage intéressée à ce que l’on appelle la simplicité volontaire, vers laquelle je tendais sans même en connaître le nom ou le concept. J’ai, au fil du temps, été un peu plus exigeante avec ma question en amont de mes achats pour me demander « est-ce que ce bien apporte une valeur ajoutée à ma vie ? Est-ce que ça va me rendre heureuse ne serait-ce que 5 minutes ? ». La réelle réponse, dans 90% des cas, était non même si je me suis accordée de mentir un paquet de fois, la prise de conscience était faite. J’ai aussi essayé de prendre conscience de ce qui avait justement de la valeur pour moi, ce qui me rendait heureuse, ce qui me faisait me sentir bien. Des expériences, des voyages, des découvertes, des moments avec des gens, un très bon plat, un bon dessert, mais pas un achat, jamais. J’ai aussi diminué mes sorties au resto. Elles étaient devenues un acte banal. Je n’avais quasi plus la satisfaction de me dire, cool je vais au resto, ça n’était plus un luxe, ni un plaisir mais une simple habitude (oui j’aimerais aussi que le minimalisme fasse effet sur la balance mais j’attends d’accoucher du 3ème ce qui, je l’avoue, n’est pas très minimaliste).

La simplicité volontaire ou le minimalisme ne touche d’ailleurs pas uniquement la consommation. S’encombrer de peu, conserver le nécessaire, dans ses biens comme dans ses relations et ses activités pour prioriser, pour optimiser et prendre du temps pour ce qui compte réellement pour soi ou pour quoi que ce soit. Ça me parle beaucoup. Car Miracle Morning ou non, grasse mat’ ou pas, les journées continuent de faire 24h. Et le plus évident pour conserver du temps, de l’énergie et de l’argent pour ce qui compte vraiment est de faire une croix sur les indésirables.

J’ai priorisé pour donner de l’importance à ce qui en avait réellement pour moi, dans mes relations, activités, principes d’éducation que je veux donner à mes enfants. Je l’ai fait naturellement. Je pense que ça ne peut se faire que si l’on prend conscience que jamais rien est parfait, qu’il n’y a pas de BON moment pour chaque chose, que l’on pêche toujours quelque part, et que pas grand chose est grave. Très souvent ma mère me dit « tu dis toujours c’est pas grave, C’est pas grave, rien est grave avec toi ». Et c’est un peu ça.

Je me sens aujourd’hui beaucoup plus insubmersible qu’avant, ou du moins égratignable. Fluctuat Nec Mergitur. Je suis dépendante de beaucoup moins de choses et de gens et j’essaie qu’il en soit de même pour mes enfants. De la consommation, ce mode de pensée a aussi influencé mon style de vie. J’affolerais Bree Van der Kampf et beaucoup beaucoup d’autres mères. Je ne couche pas ma fille si elle n’a pas sommeil, je n’ai pas de principes arrêtés concernant les écrans, je suis bordélique, nous ne changerons finalement pas ce canapé qui a désormais un potentiel d’oeuvre d’art contemporain. Je sors souvent avec Zac sans couche ni biberon depuis qu’il n’a que quelques mois.  Et ça ne me stresse pas.

J’ai aussi drastiquement modifié mes activités qui étaient à 95% urbaines le week-end pour passer quasi 80% au vert. Bien entendu, ce n’est pas étranger au fait d’avoir aujourd’hui 2 enfants mais je me suis aussi rendue compte que la nature, l’air, le vrai, m’avait manqué. Et je pense que le contact de la nature manque à tous les citadins même si nous ne nous en rendons pas forcément compte. Le Japon a intégré dès 1982 le Shinrin-yoku, la marche en forêt thérapeutique, à son programme national de santé publique. Une thérapie préventive qui consiste à puiser de l’énergie provenant de la nature. En France, on en parle aussi de plus en plus sous le nom de sylvothérapie.

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De la même manière, dans l’éducation et la vie de mes enfants j’applique naturellement et simplement quelques lignes directrices qui ne sont en rien des principes ni des règles car je m’autorise à y déroger ou à en changer :

– ne pas dire « dépêche-toi ! » / « on est pressé ». Et ça depuis le jour où ma fille m’a dit « mais pourquoi on est pressé ? Il va se passer quoi ? ». Parce qu’en fait, il ne va rien se passer.
– lui parler le plus souvent possible de la chance qu’elle a et de la valeur des choses.
– freiner son esprit de compétition car « chacun a un talent ».
– les emmener le moins possible dans des magasins. Parce que je ne veux pas/plus jamais que les boutiques puissent être une activité.
– ne pas donner d’importance trop grande aux vêtements et aux biens en général.
– les emmener le plus possible voir de nouvelles choses.
– leur apprendre à partager.

simplicite volontaire

J’aime les choses, mais je m’en suis détachée et ça m’a fait bcp de bien. Ne plus avoir sans arrêt envie d’acheter c’est aussi moins avoir peur de manquer, moins avoir envie, être moins envieux. Arrêter le cercle vicieux du toujours plus est tellement libérateur comme le dit bien Pierre Rabhi. Se focaliser sur ce que l’on a, sur ce qui est important pour moi, sur les autres aussi, ça m’a fait du bien. Bien entendu, j’ai toujours des envies, il y a tellement de belles choses, mais je suis beaucoup moins victime des achats d’impulsion et des têtes de gondoles. Je consomme d’ailleurs mieux dans tous les domaines…

Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur le sujet : 

Ah et aussi et toujours le film Captain Fantastic…

4 Responses
  • Seaoftree
    mai 22, 2018

    Merci pour ce texte qui correspond complètement à ce que je vis depuis quelques temps. C’est apaisant de ne plus être dépendant de toutes ces choses. De prendre le temps d’être sûr où de passer son chemin.

    T’es vraiment une chouette nana.

  • Juliet
    juin 4, 2018

    La façon dont tu vis ta vie de parisienne avec 2 enfants en bas âge (+1 à venir) est très inspirante! Ça m’aide à prendre de la distance et finalement tout est possible avec des enfants tant que les parents s’en savent capables

  • Clarissa
    juin 26, 2018

    Bonjour,
    J’aime bien le fait que tu dises « J’aime vivre fort et vite. Parce que c’est court. C’est surtout le seul contrat à durée limitée…» ! Tu as tout à fait raison, la vie est courte et il faut la vivre à fond pour ne pas avoir de regret. Nul ne sait quand il partira, alors c’est mieux d’en profiter tant qu’on le peut encore.

  • Louise
    juillet 10, 2018

    Il fait du bien ton article bordel ! Merci pour ces lignes.

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