CHANGER DE VIE // Marine, 30 ans – des labos de bio aux labos de cuisine.

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Il y a des jours où l’on y pense très très fort. Tout plaquer. Changer de vie. Faire autre chose. Partir. Ne plus être derrière son écran. On se questionne : des études, un salaire, parfois de misère, parfois confortable mais l’ennui, la lassitude, le sentiment de ne pas être à sa place, d’être inutile aux autres et à soi-même. Ne pas aimer ce que l’on fait, ne pas avoir envie de se lever le matin, espérer être le vendredi soir dès le lundi matin. Et puis, il y a ceux qui ne se le disent pas seulement, ceux qui osent. Qui se foutent des qu’en dira-t-on, qui occultent les risques et les dictats des bien-pensants, qui se foutent des codes, parfois irrationnels, mais tant présents de la société, du poids de l’éducation, de la pensée et des attentes des proches et parents. Et qui le font. « Et puis quoi, au pire, j’échoue… »

Marine était ingénieur technico-commercial dans l’industrie cosmétique après de longues années d’étude en école d’ingénieur qui lui coûtèrent un crédit qu’elle paie encore. A 27 ans, cette férue de bonne cuisine, bercée aux bons petits plats de sa maman, plaque tout pour travailler en cuisine. Elle travaille alors comme commis dans un restaurant du 15ème pour apprendre les bases de la cuisine sur la tas. Puis après quelques mois, elle décide de monter son service de traiteur pour particulier et petites entreprises.

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Dur de travailler seule, quand on lui propose, début 2015, d’être mini-chef d’un restaurant dans le 11ème qui porte une attention particulière aux produits de qualité et de saison, elle accepte de relever le défi. Dans le même temps, elle suit des cours avec la Mairie de Paris pour passer son CAP cuisine en candidat libre qu’elle décroche haut la main en juin 2015. En août 2015, un nouveau challenge s’offre à elle : partir travailler dans la campagne anglaise dans un hôtel Relais & Château étoilé Michelin. Hier, elle a pris l’Eurostar, après avoir mis l’essentiel de son appartement parisien dans 3 grosses valises, direction l’inconnu. Ils ne l’ont jamais vu cuisiner, ils ne l’ont même jamais vu mais il lui ont fait confiance. Elle ne serait certainement pas partie il y a 3 ans, si ses expériences lui semblent certainement n’avoir ni queue ni tête, je crois qu’elles sont les pièces d’un puzzle, ou les cailloux du Petit Poucet pour arriver à bon port, et l’Angleterre n’est certainement pas la destination finale.

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J’ai décidé de lui poser quelques questions sur cette reconversion :

Tu faisais quoi il y a 4 ans ?

Il y a 4 ans. SEPTEMBRE 2011 donc … je commençais un nouveau boulot en télétravail d’ingénieur technico-commercial dans l’industrie cosmétique.

Et aujourd’hui ?

Je viens de quitter mon poste de minichef dans un petit restaurant dans le 11ème à Paris. Et j’arrive aujourd’hui même en Angleterre dans un resto étoilé.

Tu te vois comment dans un an ?

Je me vois toujours en Angleterre et peut être toujours dans le même restaurant mais avec l’envie de partir encore et encore pour découvrir d’autres cuisines d’autres techniques etc.

Et dans 4 ans ?

Je serais dans ma 35 ème année … F***
Je me vois soit à l’étranger soit en province.
Peut être que j’aurais repris la gérance d’un petit resto mais en déléguant un peu la cuisine pour penser à moi et ma vie de famille (que j’aurais construite d’ici la j’espère …).

Qu’est ce qui conduit, d’après toi, les jeunes diplômés et cadres sur le chemin de la cuisine ?

Il y a un phénomène médiatique ça c’est sûr. Si on n’avait pas mis en valeur la restauration même si c’est en mode paillette et télévisuel, beaucoup ne se seraient même pas imaginés dans un resto …

Je pense aussi qu’il y a l’envie de faire du concret. Retrouver ou retourner à des valeurs peut être plus simples et authentiques qu’on perd parfois dans la folie de la vie de bureaux. Retrouver le sens des produits bruts, le fil des saisons. Montrer qu’on peut cuisiner simplement avec de beaux et bons produits comme le faisaient nos chères grands mères avec le petit peps et les nouveautés d’aujourd’hui.

© Inside Kitchen Project

© Inside Kitchen Project

C’est comment de travailler dans un resto ? Quelle est ta vie ? C’est ce que tu imaginais ?

C’est comment. On commence par le négatif ou le positif ?

C’est bosser beaucoup pour pas grand chose en tout cas niveau salaire. Bosser souvent en coupures (midi et soir). C’est passer des heures debout sans jamais t’asseoir, sans manger parce que cuisiner ça coupe l’appétit en tout cas pour moi.
C’est se couper. Se brûler. Porter des choses lourdes et j’en passe.
Donc physiquement éprouvant faut pas se le cacher.

Mais hormis tout ça … C’est la que je me sens bien. Ma vie semble avoir un sens désormais. Je suis en accord avec ce que je fais et ça me fait pas chier d’aller bosser (ça arrive mais globalement c’est minime).
J’apprends tout le temps. C’est jamais vraiment pareil. Tu découvres des nouvelles odeurs, textures, saveurs. Tes sens sont constamment en éveil.
Et puis il y a les clients qui te disent que c’est bon, qui sont contents. Qui reviennent.
Une vraie reconnaissance de l’énergie que tu as mise dans ton travail.

Je ne sais pas si c’est comme ça que j’avais imaginé les choses mais ce qui est certain c’est que je ne retournerai pas derrière un bureau de si tôt.

© Inside Kitchen Project

© Inside Kitchen Project

Un conseil à ceux qui voudraient lâcher leur souris pour un fouet ?

Il ne faut pas avoir peur de pousser les portes et de tenter sa chance. C’est un métier qui a énormément de débouchés. Jamais tu ne seras en galère de taf mais attention il faut savoir ce que l »on veut. Ce n’est pas pour l’argent que tu changes de vie pour la restauration en tout cas si tu bosses en cuisine.
C’est un changement de vie radical. C’est pas les vacances, ça c’est sûr (tu peux oublier ce mot ahahah ou presque).
Mais si tu es passionné, tu ne t’ennuieras jamais, tu auras toujours quelque chose à apprendre par toi même ou grâce aux autres.
Alors fonce ! Sans réfléchir trop aux détails sinon oui tu risques de faire demi-tour assez vite.

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Comme toute parisienne qui se respecte, je rêve souvent de quitter Paris. Comme tous les parisiens, je reste et me plains car ça fait du bien et car j'<3 rien je suis parisien. Je reste aussi pour le chant de la baguette, pour ce petit japonais au bout de ma rue, pour ces adresses qui ouvrent chaque jour, pour une tartelette au citron, pour du fromage toujours au lait cru, pour un bibimbap dans le 15ème, un Tigre qui pleure dans le 13ème, pour un bar à vin dans le 2ème, pour cette nouvelle adresse de burger à la sauce chinoise. Pour les ponts, pour les ruelles, pour les épiceries, l'odeur des boulangeries, pour déambuler dans le 7ème observer ceux qui achètent leur PQ à la Grande Ep' et pour voir les boubous défiler à Barbès, pour un butter chicken Passage Brady et un parfait café latte rue de Babylone. Pour m'arrêter devant la Pagode, pour lécher les vitrines, pour se prendre pour une touriste, pour s'étonner à rêver d'y habiter…

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